Palazzo Strozzi I° edizione
12 settembre-11 ottobre 1959

 

APOLLON ET MERCURE
di Piero Bargellini
 
On ne sait jamais où et à quelle date faire commencer une histoire: c'est ce qui arrive aussi pour l'histoire du commerce des antiquités. Ainsi, par exemple, déjà Asinius Pollon eut le goût des antiquités et des objets d'art et Pline nous dit qu'il attira fortement l'attention du public par ses « monumenta ». Néron eut également la passion des antiquités et, après lui, d'une façon plus raffinée, l'empereur Adrien, « varius, multiplex, multiformis ». L'envie de posséder des objets beaux, rares et anciens, est si naturelle, que même les barbares, lorsqu'ils descendirent en Italie, en furent contagionnés.
D'après Vespasiano da Bisticci, collectioneur de livre anciens que le nom d'« antiquarie » fut donné au début aux moines qui transcrivaient les manuscrits. Le goût de l'antiquité fut ensuite la caractéristique la plus saillante des humanistes, tels que Niccolo Niccoli, qui -d'après Vespasiano da de' Bisticci, collectioneur de livre anciens - refusait de manger si ce n'était sur des assiettes en vieille faince et de boir dans des verres vers n'ayant point une forme classique. Des humanistes, l'amour des antiquités passa aux princes de la Renaissance. Comme gage de paix et d'amitié, Cosimo De' Medici envoya à Alphonse d'Aragon un manuscrit de Tite. Live et les courtisans du Roi de Naples ayant vu l'étrange cadeau, soupçonnèrent que les pages du livre fussent couvertes d'un poison extrêmement fin et puissant. Ce roi fut également atteint par la fièvre de collectionner les antiquités. Il donnait des récompenses aux soldats qui, après la mise à sac des villes, lui apportaient des anciennes monnaies et oeuvres d'art. Palla Strozzi de son côté, qui fut battu par Cosimo De' Medici sur le terrain de la passion politique, ne se fit pas battre dans le domaine de l'amour des antiquités. Les Montefeltro, les Gonzaga, les Visconti et les Sforza ne restèrent pas longtemps en arrière. Les florentins furent évidemment les plus constants et les plus illustres. Après Cosimo il y eut Piero; après Piero, Lorenzo et ensuite Lorenzino, qui décapitait à Rome les statues des empereurs, non pas par haine des tyrans ( comme il voulut faire croire ), mais parce qu'il voulait faire collection de têtes classiques. Cèllini raconte qu'il enseignait au duc François l'art de nettoyer et restaurer les bronzes étrusques, tandis que le cardinal Léopold, dans la villa des Médicis à Rome, créait un véritable musée d'objets d'art. Mais tous ceux-ci furent, plutôt qu'antiquaires, des « collectionneurs », tout en étant difficile d'établir les limites entre antiquaire et collectionneur, tout antiquaire étant aussi collectionneur et vice-versa. On ne trouve le véritable antiquaire, c'est à dire le commerçant d'objets d'art, que vers la fin du XVIIIème siècle et ce commerce ne s'épanouit qu'au début du XIXème siècle, dans l'atmosphère favorable de la première société bourgeoise, pleine d'enthousiasme. Ce fut à cette époque qu'entre celui qui possédait des antiquités et le collectionneur cultivé d'objets artistiques, s'entremit un nouveau personnage, l'antiquaire, marchand entreprenant et connaisseur intelligent, chercheur habile et mécène généreux. Il s'agissait généralement d'hommes doués d'une rare intuition et adonnés à l'étude. Braconniers fervents et juges experts, les grands antiquaires du XIXème siècle furent capables, grâce à une sélection habile, de choisir et valoriser
des oeuvres d'art, qui auraient sans aucun doute été détruites, s'ils n'étaient pas intervenus à temps. Ils les ôtèrent de l'oubli, les mirent en lumière en les imposant au goût et à l'intérêt d'une nombreuse clientèle, qui n'était plus formée de princes et de prélats, mais de riches bourgeois désirant anoblir leurs maisons par des objets de rare beauté et posséder des oeuvres d'art appartenant à une autre époque et à une autre société. Il est vrai que l'attention des antiquaires fut aiguisée par l'espoir du gain et que leur intérêt personnel les amena à des découvertes heureuses, mais ceci n'enlève rien aux résultats obtenus en interprétant activement une culture non académique et en éduquant un goût non gâté. Il est vrai que le caractère commercial de leur entreprise, fut cause de la dispersion de nombreuses oeuvres d'art loin de leur lieu d'origine. Mais si l'on considère le fait que probablement leur lieu de naissance aurait également été leur lièu de mort, il faut reconnaître que cette dispersion a sauvé d'une  façon providentielle ces objets de la destruction et d'une ruine peut-être irréparable.
La circulation rapide des oeuvres d'art, due à la curiosité intéressée des antiquaries et à leur initiative enthousiaste, fit naître dans le domaine de la critique esthétique et de la recherche historique des nouvelles orientations et de nouveaux mouvements, non seulement de goût, mais aussi de véritable culture. Lê collection et le commerce des antiquités a donc eu et a encore actuellement deux inspirateurs: Mercure et Apollon. On doit au premier des échanges commerciaux très importants, suivis d'oscillations de la balance financière. Une branche de l'artisanat s'occupait et s'occupe encore de restaurations. On pourrait donc dire que c'est un des plus nobles commerces qui maintient en vie une des branches les plus géniales de l'artisanat. A Apollon on doit au contraire des découvertes heureuses, des sauvetages providentiels, des estimations intelligentes, des attributions subtiles, la création de galeries, des legs importants par de riches antiquaires, qui voulurent prouver ainsi leur profond attachement à l'art qu'ils avaient servi et non point exploitè. La « Mostra Mercato » ( Exposition Marché ), qui après l'essai fait il y a qualques ans par l'inoubliable antiquaire uorentin Luigi Bellini, vient d'être inaugurée dans une atmosphère internationale, reflète les deux aspects de la collection et du commerce des objets anciens. C'est une exposition d'objets rares, découverts, rassemblés et mis en lumière par les experts les plus illustres d'oeuvres d'art. C'est également un marché offert aux meilleurs clients du monde, dans la ville où l'amour des antiquités fut éclairé
par les recherches d'humanistes géniaux et fécondé par la richesse de seigneurs généreux. Cette exposition, qui a lieu dans le cadre d'un palais qui accueillit déjà une des plus importantes collections privées d'oeuvres d'art, a pour but de placer l'activité des antiquaires au centre de recherches utiles et d'un noble marché, en lui attribuant ainsi la place qu'elle mérite. Apollon et Mercure, encore une fois, s'uniront en vue de récompenser les efforts et le succès des antiquaires du monde entier, assemblés à Florence dans une atmosphère de cordialité, d'estime et de gratitude.
Piero Bargellini

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